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Eczéma et intestin : le lien caché entre microbiote intestinal et santé de la peau

Eczéma
Lucie Brachet, fondatrice de Réjence
Lucie Brachet
Fondatrice de Réjence


10 min de lecture
Eczéma et intestin : le lien entre microbiote intestinal et santé de la peau
En bref
  • L'axe intestin-peau (gut-skin axis) est un réseau d'interactions entre le microbiote intestinal, le système immunitaire et la peau.
  • Les chercheurs observent qu'un microbiote intestinal différent est fréquemment retrouvé chez les personnes souffrant de dermatite atopique.

Lorsque l'on souffre d'eczéma, tous les regards se tournent vers la peau. Pourtant, une partie des réponses pourrait se trouver... dans l'intestin. Pourquoi parle-t-on de plus en plus du microbiote intestinal lorsqu'il est question de dermatite atopique ? Existe-t-il un véritable lien entre les deux ? Les probiotiques sont-ils réellement efficaces ? Et surtout, que montrent les études scientifiques ? Faisons le point sur ce que l'on sait réellement.

Existe-t-il vraiment un lien entre l'eczéma et l'intestin ?

Oui, les connaissances scientifiques actuelles suggèrent qu'il existe un lien entre l'intestin et la dermatite atopique. Les chercheurs parlent d'axe intestin-peau (gut-skin axis), un réseau d'interactions entre le microbiote intestinal, le système immunitaire et la peau. De nombreuses études montrent que les personnes atteintes d'eczéma présentent plus fréquemment une dysbiose intestinale, c'est-à-dire un déséquilibre de la composition ou de la diversité de leur microbiote pouvant perturber le système immunitaire et entraîner des réactions inflammatoires sur la peau.

L'intestin influence l'eczéma par le biais du système immunitaire

Lorsque le microbiote intestinal est diversifié et équilibré, il contribue à la maturation du système immunitaire, limite certaines réactions inflammatoires et participe au maintien d'une barrière intestinale fonctionnelle. À l'inverse, une dysbiose peut perturber cet équilibre et contribuer à une inflammation de faible intensité. Chez les personnes génétiquement prédisposées à la dermatite atopique, cette inflammation pourrait contribuer à fragiliser davantage la barrière cutanée et à accentuer les poussées d'eczéma.

Axe intestin-peau

Le microbiote intestinal produit des métabolites qui interagissent avec les barrières biologiques et le système immunitaire. Ces échanges peuvent indirectement influencer l’équilibre et l’inflammation de la peau.

1

Microbiote intestinal

Les micro-organismes de l’intestin transforment notamment les fibres alimentaires et produisent différentes molécules biologiquement actives.

SCFA Butyrate Métabolites

2

Système immunitaire

Ces molécules participent à la régulation des cellules immunitaires, de la production de cytokines et des mécanismes inflammatoires.

Immunité Treg Cytokines

3

Barrière cutanée

La modulation de l’immunité et de l’inflammation peut influencer la fonction barrière, le microbiote cutané et la sensibilité de la peau.

Inflammation Microbiote cutané Eczéma
À retenir : une dysbiose intestinale pourrait modifier la production de certains métabolites et perturber la régulation immunitaire. Elle pourrait ainsi contribuer à l’inflammation cutanée chez certaines personnes, sans être à elle seule la cause de la dermatite atopique.

Le microbiote intestinal, principal centre de régulation de notre immunité

L'intestin abrite le GALT (Gut-Associated Lymphoid Tissue), un vaste réseau de tissus lymphoïdes qui concentre près de 70% des cellules immunitaires de l'organisme (Selon Makrgeorgou et al., 2018). Au quotidien, les bactéries bénéfiques du microbiote dialoguent avec les cellules immunitaires. Elles les aident à distinguer les éléments inoffensifs (comme les aliments ou les bactéries bénéfiques) des véritables agents pathogènes et participent ainsi à limiter les réactions inflammatoires excessives.

Mais leur rôle ne s'arrête pas là : en fermentant les fibres alimentaires, ces bactéries produisent de petites molécules bénéfiques, appelées métabolites, qui circulent dans l'organisme et participent à limiter l'inflammation, y compris au niveau de la peau. Plusieurs études ont d'ailleurs observé que les nourrissons développant une dermatite atopique présentent souvent, dès les premières semaines de vie, une production plus faible de ces molécules protectrices (Böttcher et al., 2000).

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Le saviez-vous ? Notre intestin abrite plus de 38 000 milliards de micro-organismes (bactéries, levures, virus), ce qui représente une communauté pesant entre 1 et 2 kg — soit environ le poids de notre cerveau !

Hyperperméabilité intestinale (leaky gut) et inflammation cutanée : Quel rapport ?

Pour comprendre ce phénomène, il faut imaginer la paroi de notre intestin comme un filtre de haute précision. Tapissée de cellules étroitement liées entre elles par des jonctions serrées, elle laisse passer les nutriments essentiels tout en empêchant la plupart des bactéries, toxines et autres substances indésirables de pénétrer dans l'organisme.

Lorsque ce filtre perd en efficacité, certaines substances normalement retenues dans l'intestin peuvent franchir la barrière intestinale. Le système immunitaire les identifie alors comme des signaux d'alerte et déclenche une réponse inflammatoire, pouvant contribuer à aggraver les poussées chez les personnes prédisposées à la dermatite atopique.

Les personnes souffrant d'eczéma ont-elles un microbiote différent ?

Eczéma et microbiote intestinal

Depuis une quinzaine d'années, de nombreuses études ont comparé le microbiote intestinal des personnes atteintes de dermatite atopique à celui de personnes ne présentant pas d'eczéma. Malgré des différences selon les populations étudiées, les méthodes d'analyse ou l'âge des patients, plusieurs observations reviennent de manière constante.

Ce montrent les études

Chez l'adulte

Chez les adultes atteints de dermatite atopique, les chercheurs observent fréquemment :

  • une diversité bactérienne plus faible, signe d'un microbiote moins riche et moins équilibré ;
  • une diminution de certaines bactéries bénéfiques ;
  • une augmentation de bactéries associées à des phénomènes inflammatoires, comme certaines espèces de Clostridium, Escherichia ou Enterobacter.
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Une méta-analyse regroupant plus de 2 000 participants confirme notamment une diminution significative des Bifidobacterium chez les patients atteints de dermatite atopique, ainsi qu'une composition globale du microbiote différente de celle observée chez les sujets sains (Lee et al., 2018 ; Wan et al., 2021).

Chez le nourrisson et le jeune enfant

Les différences semblent apparaître très tôt au cours de la vie.

Plusieurs études longitudinales ont montré que les nourrissons développant ensuite une dermatite atopique présentent, dès les premiers mois de vie, un microbiote intestinal moins diversifié et plus pauvre en bifidobactéries que les enfants qui ne développeront pas la maladie.

Une revue systématique publiée dans "Allergy" rapporte notamment qu'une faible diversité bactérienne au cours de la première année de vie est associée à un risque accru de dermatite atopique. Certaines études suggèrent également que ces différences peuvent être observées plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant les premières lésions cutanées, ce qui renforce l'hypothèse d'un rôle du microbiote dans le développement de la maladie (Nylund et al., 2015 ; Zheng et al., 2022).

Que faut-il en conclure ?

Ces résultats montrent qu'un microbiote intestinal différent est fréquemment retrouvé chez les personnes souffrant de dermatite atopique. En revanche, ils ne permettent pas d'affirmer qu'il en s'agit de la cause.

Comment savoir si mon eczéma vient d'un problème d'intestin ?

La présence conjointe de troubles digestifs (ballonnements, transit irrégulier, reflux) et de poussées d'eczéma, ou encore une réaction cutanée accentuée après certains repas, sont des indices fréquents d'une dysbiose ou d'une perméabilité intestinale. Le microbiote intestinal apparaît donc aujourd'hui comme une pièce importante du puzzle, mais pas comme l'unique explication de la dermatite atopique, maladie multifactorielle.

Alimentation et eczéma : que faut-il mettre dans son assiette ?

Les aliments à privilégier pour nourrir le microbiote

Aucun aliment ne permet de guérir ou de prévenir à lui seul les poussées. En revanche, des assiettes riches en végétaux contribuent à nourrir le microbiote intestinal, dont l'équilibre joue un rôle important dans le fonctionnement du système immunitaire.

Les bactéries bénéfiques de notre intestin se nourrissent principalement des fibres et de certains composés naturellement présents dans les aliments. Plus leur alimentation est diversifiée, plus le microbiote a tendance à l'être également.

Famille d'aliments Exemples Pourquoi ?
Fibres alimentaires Légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes Nourrissent les bactéries bénéfiques et favorisent une bonne diversité du microbiote.
Prébiotiques Ail, oignon, poireau, asperge, topinambour, banane peu mûre Servent de nourriture à certaines bactéries bénéfiques, notamment les bifidobactéries.
Aliments fermentés Yaourt, kéfir, choucroute, kimchi Apportent naturellement des micro-organismes issus de la fermentation et enrichissent l'alimentation.
Oméga-3 Sardines, maquereaux, hareng, noix, graines de lin Participent au bon fonctionnement de l'organisme et contribuent à une réponse inflammatoire équilibrée.
Polyphénols Fruits rouges, cacao, thé vert, huile d'olive, raisins Ces composés végétaux sont utilisés par certaines bactéries intestinales et participent à la diversité du microbiote.

Les aliments pro-inflammatoires à réduire ou limiter

Une alimentation déséquilibrée, pauvre en fibres et riche en produits ultra-transformés, peut appauvrir la diversité du microbiote intestinal et favoriser un terrain inflammatoire. Sans qu'il soit nécessaire de les supprimer complètement, il est conseillé de limiter :

  • Produits ultra-transformés,
  • Boissons sucrées,
  • Charcuteries et viandes transformées,
  • Alcool.

Intolérances alimentaires et eczéma : faut-il faire un régime d'éviction ?

Non. Les dermatologues et les allergologues ne recommandent pas d'éviter certains aliments, sauf en cas d'allergie alimentaire confirmée. En revanche, il est conseillé de limiter les aliments ultra-transformés et les excès de sucres ou d'alcool, qui peuvent être défavorables à l'équilibre du microbiote et à la santé en général.

Faut-il supprimer le gluten ou les produits laitiers pour éviter l'eczéma ?

Pas systématiquement. À ce jour il n'existe aucune preuve que supprimer le gluten améliore l'eczéma chez les personnes qui ne sont pas atteintes de maladie cœliaque ;

Même s'ils sont parfois pro-inflammatoires chez les personnes sensibles, les évictions drastiques sans suivi médical risquent de créer des carences, nottament chez les enfants, et de fragiliser davantage la microbiote. Un bilan d'intolérance ou un test ciblé est préférable.

Probiotiques et eczéma : Que dit réellement la science ?

Eczéma et microbiote intestinal

Depuis plusieurs années, les chercheurs s'intéressent au rôle des probiotiques dans le cadre de l'axe intestin-peau. À ce jour, plusieurs études cliniques rapportent, selon la souche utilisée, la dose et la durée de prise, une diminution de la sévérité de la dermatite atopique, une amélioration du score SCORAD, une réduction des démangeaisons ou encore une amélioration de la qualité de vie.

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L'association brevetée Lacidofil®, qui réunit Lacticaseibacillus rhamnosus Rosell®-11 et Lactobacillus helveticus Rosell®-52, est documentée par 26 études cliniques, dont 5 consacrées à la dermatite atopique. Ces études démontrent notamment un impact sur la sévérité de l'eczéma (SCORAD) chez 63% des sujets.
Principales souches probiotiques étudiées dans la dermatite atopique
Souche Population Critères étudiés
Lacticaseibacillus rhamnosus GG
Grossesse Bébé Enfant
Prévention SCORAD
L. rhamnosus Rosell®-11 + L. helveticus Rosell®-52
Bébé Enfant
SCORAD Prurit Sommeil Immunité
Bifidobacterium longum subsp. infantis Rosell®-33
Nourrisson
Microbiote Immunité
Ligilactobacillus salivarius LS01
Adulte Enfant
SCORAD Qualité de vie Prurit
Lactiplantibacillus plantarum CJLP133
Enfant
SCORAD Inflammation

Les résultats dépendent de la souche précise, de la dose et de la durée étudiées.

Rééquilibrer son intestin pour soulager sa peau au quotidien

Adopter une approche globale peut ainsi contribuer à préserver l'équilibre du microbiote cutané et du microbiome intestinal. Des aliments variés, un microbiote intestinal diversifié et une routine de soins adaptée agissent de façon complémentaire pour accompagner les peaux à tendance atopique au quotidien.

Étape 1 : Assainir l'alimentation sans tomber dans l'excès d'éviction

Privilégiez une alimentation variée, riche en fibres, fruits, légumes et aliments peu transformés. Sauf allergie ou intolérance diagnostiquée, les évictions systématiques sont rarement recommandées.

Étape 2 : Soutenir et rééquilibrer le microbiote intestinal

Si besoin, adoptez une supplémentation en probiotiques pour accompagner l'équilibre du microbiote intestinal dans une approche globale.

Étape 3 : Adopter une routine de soin locale adaptée en parallèle

Le microbiote intestinal ne remplace pas les soins de la peau. Pour accompagner durablement les peaux eczémateuses, il est essentiel de préserver la barrière cutanée au quotidien grâce à une routine douce et adaptée.

Prendre soin du microbiote intestinal est une approche complémentaire, mais il reste indispensable d'agir directement sur la peau. Chez Réjence, nous avons développé des soins spécifiquement formulés pour les peaux sujettes à l'eczéma afin d'hydrater durablement, restaurer la barrière cutanée et apaiser les inconforts du quotidien.

Au sommaire

Vos questions :
Q
Est-ce que l'eczéma peut venir d'un problème digestif ?
Pas directement. L'eczéma n'est pas une maladie digestive, mais la santé intestinale peut jouer un rôle dans son évolution. Chez certaines personnes atteintes de dermatite atopique, une dysbiose du microbiote intestinal est plus fréquemment observée et pourrait entraîner une inflammation influençant la sévérité des poussées chez des personnes prédisposées. Toutefois, elle ne constitue pas, à elle seule, la cause de cette affection.
Q
Quels probiotiques choisir en cas d'eczéma ?
Les probiotiques les plus étudiés en cas d'eczéma sont certaines souches de Lacticaseibacillus rhamnosus (notamment GG et Rosell®-11), Lactobacillus helveticus Rosell®-52, Lactiplantibacillus plantarum et plusieurs souches de Bifidobacterium. Certaines études rapportent une amélioration de la sévérité de la dermatite atopique (score SCORAD), mais les effets dépendent de la souche, de la dose et du profil de la personne. Il est donc préférable de choisir des probiotiques dont les souches ont été évaluées dans des études cliniques.
Q
Peut-on améliorer son microbiote naturellement ?
Oui. Une alimentation riche en fibres, fruits, légumes et aliments peu transformés, associée à une activité physique régulière et un sommeil de qualité, contribue à préserver la diversité du microbiote intestinal.
Q
Quelle carence provoque de l'eczéma ?
Non, aucune carence ne provoque directement l'eczéma. Certaines carences, notamment en vitamine D, sont parfois associées à une dermatite atopique plus sévère, mais elles n'en sont pas la cause. L'eczéma résulte de l'association de facteurs génétiques, immunitaires et environnementaux.
Q
Quel est le lien entre l'eczéma et la digestion ?
L'intestin et la peau communiquent en permanence par l'intermédiaire du système immunitaire. Un microbiote intestinal déséquilibré pourrait favoriser une inflammation chronique susceptible d'influencer la sévérité de la dermatite atopique chez certaines personnes.
Q
Combien de temps faut-il pour voir une amélioration de l'eczéma en soignant son intestin ?
L'amélioration du microbiote intestinal demande du temps. Lorsqu'elle est associée à une alimentation adaptée et à une routine de soins de la peau, les recherches scientifiques évaluent généralement les effets des probiotiques après 4 à 12 semaines de supplémentation, selon les souches utilisées et le profil de la personne.
Lucie Brachet, fondatrice de Réjence
Rédigé par
Fondatrice de Réjence en 2011, Lucie a développé les premières formules de la marque pour soulager la dermatite atopique sévère de sa fille Emma. Depuis plus de 13 ans, elle pilote les collaborations avec dermatologues, toxicologues et pharmaciens.
Sources scientifiques & professionnelles


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